Le père Chrysanthe et l’ile aux lépreux

par | Jan 29, 2024 | actualité

Complément à l’homélie du dimanche 21 janvier 2024.
La guérison des dix lépreux (Luc XVII, 12-19)

Le père Chrysanthe était hiéromoine au monastère de Phaneromeni, en Crète.

Pris de compassion pour les lépreux, il demande à l’évêque d’être nommé aumônier permanente de l’île de Spinalonga, ce qui lui fut accordé.

Spinalonga a servi de lieu d’enfermement des lépreux de 1904 à 1957. 

L’enfermement des lépreux est vu essentiellement comme une mesure sanitaire pour protéger les gens sains. Il n’y avait en effet aucun traitement disponible au début du XXe siècle et le mode de transmission est encore inconnu. La maladie était considérée à tort comme très contagieuse et les lépreux comme des victimes d’une malédiction, qu’il fallait cacher. Pendant plus de cinquante ans, il y a eu à Spinalonga de 300 à 500 personnes enfermées, privées de citoyenneté et rayées des registres de naissance. Parmi les lépreux, vivaient également des épouses non-atteintes, qui avaient suivi leur mari, une trentaine d’enfants nés de ces unions, dont la plupart n’ont pas été atteints par la lèpre.

 

Le père Chrysanthe va donc dans l’île. Il sera le premier et le seul non lépreux à y vivre en permanence.

Il y avait aussi beaucoup d’employés, instituteurs et médecins qui y travaillaient mais ils ne demeuraient pas sur place. L’église était desservie jusque-là par les prêtres des villages alentours qui y venaient célébrer à tour de rôle.

 

Le père Chrysanthe trouve les lépreux dans un état spirituel déplorable. La plupart étaient révoltés contre Dieu et désertaient l’église. Mais à force de patience et de prière il a effectué un véritable changement dans l’île. A la fin, tous sont devenus ses fils spirituels. Il était le seul qui n’avait pas peur des lépreux et était une source d’amour et de réconfort pour les souffrants.

Quand dans les années 50 le vaccin a été trouvé et que les lépreux ont quitté l’île qui a été fermée, le père Chrysanthe y est resté seul pendant quelques années. Il y vivait en ascète et célébrait les offices de commémoration sur les tombes des lépreux. Parvenu à une grande vieillesse, il ne pouvait plus s’entretenir tout seul et a terminé ses jours au monastère de Toplou, où il est enterré.
Ce qui est également remarquable est le fait qu’il consommait le reste de la Sainte Communion après les lépreux et ne tomba jamais malade.

 

Propos recueillis auprès du père Jean Riera, prêtre orthodoxe en Crète.