Le saint martyr du XXe siècle, Philoumenos du Puits de Jacob

par | Mai 31, 2025 | Non classé

A l’occasion du dimanche de la samaritaine, père Eric a évoqué la vie de saint Philoumenos, le gardien de puits de Jacob.

Père Yannick (Provost), qui a animé plusieurs pèlerinages en Terre sainte, témoigne dans cet article de ses rencontres avec père Philoumenos.

Le puits de Jacob

Le puits de Jacob est un lieu saint, un lieu de passage, un lieu de rencontre, un lieu chargé de symboles, un lieu toujours vivant.

D’après l’Ancien Testament, Abraham, Jacob et Josué s’y arrêtèrent et y campèrent.
Arrivant de Mésopotamie, Abraham y dressa le premier autel à Dieu et en fit un lieu sanctuaire pour les Hébreux (Gn 12,6).

C’est auprès d’un puits que le serviteur d’Abraham rencontra Rebecca, la sœur de Laban, qui allait devenir l’épouse d’Isaac. « La jeune fille avait très belle apparence, vierge car nul homme ne l’avait connue.
Elle descendit à la source, remplit sa jarre et remonta. » (Genèse 24.16) Envoyé par Isaac dans la famille de Laban pour y trouver une épouse, Jacob arrive probablement auprès du même puits où il va rencontrer Rachel.

C’est aussi à cet endroit que l’évangéliste Jean situe la rencontre de Jésus et de la Samaritaine. (Jean 4, 5-42)

À proximité du mont Garizim, près de l’actuelle ville de Naplouse (Néapolis), se trouve le puits de Jacob que le livre de la Genèse rattache au souvenir du patriarche.
Il s’agit d’un ouvrage creusé dans la roche calcaire, de 2,50 mètres de diamètre avec une profondeur avoisinant une trentaine de mètres. À la fin du IV e  siècle, s’élevait là une église dont le centre était occupé par le puits.

Au XII e  siècle, les croisés bâtirent sur les ruines du sanctuaire précédent une église à trois nefs, dont le chœur fut posé sur la crypte du puits. Cet emplacement resta au fil des siècles un lieu de pèlerinage pour les chrétiens. Aujourd’hui, celui-ci est situé dans l’enceinte d’un monastère orthodoxe.

Sainte Photine (Claire), la samaritaine

Sainte Photine selon la tradition chrétienne était la femme de Samarie, avec laquelle Notre Seigneur s’était entretenu au puits de Jacob (Jean 4) et à qui Il avait révélé tout ce qu’elle avait fait depuis son enfance. Changeant alors son genre de vie, elle alla proclamer la Bonne Nouvelle dans sa patrie et convertit au Christ ses quatre sœurs et ses deux fils.

Après le Martyre des Saints Apôtres Pierre et Paul, sous la persécution de Néron (vers 54), elle alla prêcher avec succès la foi à Carthage, en compagnie de son fils José (ou Joseph). Elle est morte en martyr pour avoir gardé et confessé le Christ.

 

Saint Philoumenos du puit de Jacob

Le néomartyr est né en 1913 et était le fils de Georges et de Madeleine, et avait un frère jumeau qui est devenu l’archimandrite Elpidios. Bien que ses parents soient originaires du village d’Orounta, dans la région métropolitaine de Morphou, ils vivaient à la paroisse de Saint-Sabas à Nicosie, car son père y possédait une auberge et une boulangerie.
Avec son frère Elpidios, ils montrèrent un enthousiasme particulier pour la prière et la lecture des vies des Saints, particulièrement touchés par la vie de Saint Jean le Kalyvitis, qui les influença d’une certaine manière, au point de désirer embrasser la vie monastique.

Philoumenos est devenu moine, puis est venu vivre à Jérusalem, et en 1979 fut nommé gardien du monastère du puits de Jacob.

Alors qu’il y vivait, le 29 novembre 1979, pendant qu’il célébrait les vêpres, il fut assassiné à la hache par un juif fanatique.

Le corps du Saint fut remis aux Orthodoxes six jours après son martyre, mais conserva sa flexibilité et fut enterré au cimetière du Mont Sion à Jérusalem. Après quatre ans, comme il est d’usage, son corps fut exhumé. Il fut trouvé pour incorrompu et dégageait un parfum exquis. Puis, le tombeau fut fermé et ouvert à nouveau un an après, à Noël 1984, où le corps fut découvert en bon état de conservation et placé dans un reliquaire en verre dans la partie nord du sanctuaire de l’église du séminaire près du Mont Sion. Saint Philoumenos a été placé au nombre des Saints de l’Église de Jérusalem le 30 août 2008. Son corps incorruptible a été transféré au lieu de pèlerinage du puits de Jacob où il trouva le martyre par amour du Christ.

Sa mémoire est honorée chaque année le 29 novembre.

Père Yannick témoigne de ses rencontres avec père Philoumenos au puits de Jacob. « En septembre 1979, je (père Yannick) suis allé passer deux semaines à Jérusalem. A cette occasion, comme le font tous les pèlerins, je suis passé à Naplouse, au puits de Jacob. Le père Philouménos s’était installé sur place quelques mois plus tôt, et vivait dans une petite maison située dans l’enceinte du monastère. L’accueil fut simple mais très chaleureux, autour d’un café accompagné des excellentes pâtisseries locales. Quelques questions sur l’existence et la vie des communautés orthodoxes en France, et l’assurance donnée par le père Philouménos que nous pouvions compter sur ses prières. Ensuite, l’heure des vêpres étant arrivé, je suis allé avec un petit groupe de 5 ou 6 pèlerins participer à l’office, tout près du puits, avant de reprendre la route vers Nazareth. Quelques semaines plus tard, fin novembre, ce simple hiéromoine était assassiné sur les lieux où nous avions prié avec lui.

Rappelons encore qu’en 1979, la grande et belle église que l’on peut voir aujourd’hui n’existait pas.

Photo du puit de Jacob en 1975,avabat la construction de l’église actuelle.

Dans les années 1910, un projet de reconstruction d’une grande église au-dessus du puits de Jacob, par des volontaires venus de Russie, avait été interrompu par la guerre puis la révolution. On voyait à cette époque les piliers d’une future église entourant l’accès au puits, montés à une hauteur de 4 ou 5 mètres, mais sans toit et sans les murs terminés. En 1980, le Patriarcat de Jérusalem a nommé un nouveau supérieur pour ce monastère, le père Justin, qui y réside toujours. Père Justin a immédiatement entrepris les démarches pour récolter de l’argent et faire construire une grande église. Malheureusement, la municipalité de Naplouse ainsi que l’administration locale s’y opposaient.

Tout s’est débloqué grâce à saint Philouménos. Il est apparu en rêve à plusieurs reprises à différentes personnes, dont le président de l’autorité palestinienne Yasser Arafat (dont l’épouse était orthodoxe). Dans ces rêves, un moine demandait que soit construite une grande église au lieu de son martyre. Après quelques échanges, Yasser Arafat est venu au monastère, et a donné immédiatement toutes les autorisations pour qu’une grande et belle église soit construite. Rendons grâce à Dieu pour tout !

Photo prise à Naplouse quand Arafat a donné son feu vert pour la construction de l’église du puits de Jacob, avec ici le patriarche Irénée de Jérusalem et le mufti de Naplouse

Depuis une vingtaine d’années maintenant, nous pouvons visiter cette belle église, et lire l’Évangile près du puits. »

 
Père Syméon (devenu Mgr Syméon) et père Yannick (à sa droite) commentant la rencontre entre le Christ et la Samaritaine en 2012.